Electronic Resource Centre for Human Rights Education:
L’Analyse des données pour le contrôle des droits de l’homme
CHAPITRE 3Obtenir les données «Les données! Les données! Les données!» s'écria-t-il d'une voix impatiente. «Je ne peux pas faire de briques sans argile!» Les Aventures de Copper Beeches Contenu du chapitre INTRODUCTION: Les données3.1 Où trouver les données 3.2 Les sources officielles 3.3 Les sources non-gouvernementales 3.4 La vérité dans les chiffres SOMMAIRE DES PRINCIPES RéFéRENCES EXERCICES Le genre de données qu'on obtient dépend de la définition des objectifs, de la disponibilité des données, et de leur localisation. La première étape consiste évidemment à décider avec précision quel est le but à accomplir et d'identifier les ressources dont on dispose. Pour ce faire on doit d'abord répondre à ces questions: 1. Quels sont les objectifs? 2. Qu'est-ce qu'il faut documenter? Suite à cette étape initiale, et essentielle, on peut passer aux étapes suivantes: 3. Quelles données sont nécessaires à la recherche sur les violations des droits de l'homme qui sont le sujet de l'enquête? 4. Où peut-on obtenir les meilleures données possibles? Ce chapitre traite en détail du «où»: comment trouve-t-on les données et comment s'assure-t-on que les données sont consistantes. La plupart des défenseurs des droits de l'homme recueillent des données au cours de missions d'enquête, dans les bibliothèques, dans les rapports d'autres groupes ou dans les documents officiels, etc. Quelle que soit la source, toutes les données doivent être enregistrées d'une façon ordonnée, systématique, et uniforme. Elles doivent également être structurées à l'aide d'un système de classement méthodique. Exemple 3.1 Discussion Dans cette situation, comme dans d'autres situations de cueillette de données, on doit toujours obtenir des renseignements sur la victime, y compris son âge, son lieu de naissance, ses origines, etc. Si on enregistre les données qu'on obtient sur des formulaires standard, ou dans une base de données informatisée, on doit enregistrer les mêmes renseignements pour chaque victime; cela facilitera plus tard l'analyse des données de la mission. Un dossier individuel pourrait être comme suit:
Les renseignements que l'on retrouve dans la deuxième colonne sont les «données» -- la matière première pour les analyses, les articles récapitulatifs, et les interventions -- à partir desquelles on va tirer des conclusions sur la nature du problème et informer d'autres individus et intervenants. Il faut gérer les données brutes de telle façon qu'on puisse toujours les consulter, et il faut aussi conserver des notes sur la façon dont elles ont été recueillies pour pouvoir expliquer ce qu'elles signifient. Si on ne gère pas les données brutes d'une façon systématique, on peut être incapable plus tard de trouver ce qu'on cherche, ou bien ces mêmes données pourraient ne plus être utilisables par l'auteur ou d'autres intervenants pour une recherche subséquente. Systèmes d'Information et de Documentation sur les Droits de l'Homme, International (HURIDOCS) a conçu des formulaires standardisés pour l'enregistrement systématique de données sur les droits de l'homme. Ces formulaires ont été développés suite à des échanges avec un grand nombre d'organisations internationales des droits de l'homme. Voir l'annexe 1 pour des renseignements supplémentaires. A. Missions d'enquête L'exemple présenté ci-dessous illustre une méthode de cueillette de données appelée enquête sur le terrain. Exemple 3.2 L'organisation envoie deux enquêteurs dans la région pour rencontrer les survivants et leurs familles afin d'obtenir leurs témoignages sur les événements de la répression. Les enquêteurs reviennent avec des rapports écrits sur les entrevues; certaines ont été réalisées auprès de familles et d'autres auprès d'individus. Discussion Idéalement, les données auraient dû être recueillies d'une façon systématique, mais, qu'elles le soient ou non, le nombre de victimes connues, l'identité et les caractéristiques des victimes et des criminels, les lieux, dates, et types d'événements, etc., sont toutes des données qui peuvent être utilisées pour analyser les violations des droits de l'homme qui ont eu lieu. B. Enquêtes avec échantillons Exemple 3.3 Discussion La méthode courante consiste à parler aux personnes, aux familles, et aux organisations; à vérifier leurs témoignages; et à préparer un rapport basé sur les entrevues. Mais si on ne peut pas être en contact avec tous les individus dont on voudrait obtenir des renseignements, on pourra peut-être en interviewer un petit nombre. Ce petit nombre est un échantillon. On peut utiliser deux types d'échantillon: un échantillon simple ou un échantillon statistique. Une enquête basée sur un échantillon statistique exige des méthodes statistiques avancées, et les conditions spéciales nécessaires pour faire une telle enquête sont souvent difficiles à obtenir dans le cadre du travail pour les droits de l'homme. De plus, de tels échantillonnages peuvent être très coûteux et très longs à obtenir, même quand les conditions de l'enquête sont favorables. Par conséquent, dans la plupart des enquêtes sur les droits de l'homme utilisant l'échantillonnage, on emploie des échantillons «simples». C'est pourquoi nous décrivons les échantillons «simples» en détail dans cette partie du chapitre. Ce type d'enquête est utile si vous ne pouvez pas faire une enquête basée sur des échantillons statistiques. Aucun des deux types d'échantillonnage ne doit être fait à la légère. Si vous voulez faire une enquête basée sur des échantillons -- simples ou statistiques -- vous devriez demander à un professionnel de vous aider à choisir les échantillons, à concevoir les questionnaires, et à analyser les données. ( Voir dans la préface les conseils sur la façon d'obtenir de l'aide. D'autres détails sont donnés au chapitre 8). 1. échantillons simples Une enquête à partir d'un échantillon simple peut être basée sur un échantillon pris au hasard ou sur un échantillon choisi par l'enquêteur. Définition: Un échantillonnage «au tout-venant» consiste à prendre ce qu'on peut obtenir dans les circonstances courantes, sans prévision spéciale. Exemple 3.4 Discussion Le résultat des entrevues faites avec un échantillon «au tout-venant» montre que les paysans sont enrôlés de force. On n'a pas besoin de chiffres précis pour savoir, et pour montrer, que l'enrôlement pour le travail obligatoire a lieu dans cette région. Définition: Quand le facteur humain entre dans le choix de l'échantillon, cela s'appelle un échantillon arbitrairement choisi. Si on a pris la décision d'inclure des réfugiés de toutes sortes (âges ou religions ou sexes ou groupes ethniques, villages, etc.) dans l'échantillon, alors on aura choisi un échantillon arbitraire. Exemple 3.5 Discussion Cet exemple est une illustration d'un échantillon arbitraire. Dans une enquête réelle, on pourrait ajouter au rapport d'autres données qu'on obtiendrait à partir de témoignages écrits, de lettres, de documents gouvernementaux saisis, et de rapports volontaires faits par des individus. Dans un échantillon «au tout-venant», les circonstances déterminent qui va participer à l'enquête, et dans un échantillon statistique les personnes qui participent sont choisies au hasard. Dans un échantillon arbitraire, c'est le jugement humain qui détermine quels réfugiés vont être interrogés. Qu'il soit «au tout-venant» ou arbitraire, un échantillon n'est pas un échantillon statistique basé sur une méthode de sélection au hasard, ce qui est la méthode scientifique pour évaluer les chiffres (de morts, de disparitions, etc.). Mais cela ne veut pas dire que les conclusions qu'on en tire n'ont aucune valeur! Les données qu'on a recueillies avec ces méthodes sont très importantes, mais on doit expliquer clairement et ouvertement comment on a recueilli ces données. 2. échantillons statistiques Définition: Quand vous utilisez la théorie mathématique des probabilités pour choisir un échantillon, vous prenez un échantillon statistique. Une méthode statistique appropriée est utilisée quand ni les circonstances (comme dans l'échantillonnage «au tout-venant» ) ni le jugement humain (comme dans l'échantillon arbitraire) n'interviennent dans le choix de l'échantillon. Les gouvernements utilisent des échantillons statistiques pour recueillir des données à partir desquelles ils évaluent le nombre d'habitants et ils mesurent l'état de santé, le chômage, et les autres caractéristiques économiques et sociales du pays. Même quand les conditions permettent d'utiliser l'échantillonnage statistique, les échantillons coûtent cher à réaliser, exigent l'apport d'un statisticien pour leur conception et leur analyse, sont basées sur une conjoncture stable des droits de l'homme, et prennent beaucoup de temps. Pourquoi voudrait-on utiliser un échantillon statistique dans une enquête? Le cas le plus important, étant donné des circonstances favorables, c'est quand on doit faire à partir de l'échantillon une projection statistiquement valide pour une population plus grande. Exemple 3.6 Discussion Les statisticiens ont choisi les personnes à qui parler en utilisant la méthode de sélection au hasard basée sur la théorie des probabilités. Le plan en damiers du camp a rendu cette tâche relativement facile (par comparaison avec la situation où vous devez essayer d'obtenir un échantillon statistique de nomades vivant dans des villages très dispersés). Une autre situation où il est possible, et d'une certaine façon nécessaire, d'utiliser un échantillon statistique dans une enquête est décrite ci-dessous. Exemple 3.7 Discussion Dans ce cas, l'échantillonnage statistique peut (et bien sûr, doit) être utilisé. Ce cas est à l'opposé d'une situation où un nombre similaire de personnes serait dispersé dans une grande étendue, ou serait peut-être disparu ou mort. Les documents sont tous rassemblés et ils peuvent facilement être échantillonnés au hasard. Un échantillon bien choisi d'un nombre étonnamment restreint de dossiers permet à un statisticien d'extrapoler les résultats de l'échantillon à l'ensemble et de déterminer scientifiquement la précision des chiffres obtenus à partir de l'échantillon. Si l'échantillon est bien choisi, ces résultats peuvent être soumis à un examen juridique minutieux et peuvent avoir beaucoup d'effet pour pousser à l'intervention et pour informer les groupes intéressés. C. Les activités de l'enquêteur Dans les exemples précédents, la cueillette des données fait partie de la mission de l'enquêteur. Parfois les données qu'on utilise concernent le travail qu'on a réalisé. Exemple 3.8 Discussion Les données nécessaires pour un tel rapport se trouvent dans les archives d'une organisation. Si tout le travail a été fait en utilisant les mêmes formulaires, assembler les données va être plus facile, mais d'une façon ou d'une autre, les données brutes existent dans les fichiers et peuvent en être extraites pour être utilisées. En plus du travail sur le terrain, on peut obtenir des données d'autres sources indirectes. Puisqu'on ne peut pas savoir si les données sont exactes, entachées d'erreur, ou complètes, on doit être prudent dans la façon dont on utilise ces données et on doit citer leurs sources dans les rapports. A. Publications gouvernementales Les publications et les rapports des gouvernements sont souvent des sources utiles. Certaines données ont été recueillies expressément pour témoigner des activités des droits de l'homme. D'autres rapports peuvent avoir d'autres buts mais ils peuvent aussi contenir des renseignements sur la situation des droits de l'homme. B. Catégories de renseignements disponibles Dans le domaine des droits économiques et sociaux, quand on doit connaître la situation dans tout un pays, les rapports gouvernementaux sont souvent la seule source réelle de données substantielles. 1. Publications annuelles nationales de statistiques Dans beaucoup de pays, les ministères chargés des statistiques publient chaque année un rapport qui présente les données nationales sous une forme facile à utiliser. Par exemple, les Etats-Unis publient chaque année le Statistical Abstract of the United States, une collection de 1490 tableaux (en 1991) de données au niveau fédéral, au niveau des états, et au niveau local. Beaucoup d'autres pays publient des documents semblables de données nationales. Ces tables peuvent révéler les changements dans les activités économiques et sociales au cours des années. De plus, la plupart des données économiques et sociales sont présentées séparément par sexe et par groupe ethnique. Cela permet au chercheur de déterminer comment les différents groupes ethniques d'hommes et de femmes sont traités. Certains pays ne publient pas de données sur les groupes présents dans leur population, données qui pourraient prouver qu'il y a discrimination à l'égard de certains de ces groupes. 2. Types de données utiles a. Données sur la mortalité (la mort) La distribution des causes de mortalité (assassinats, suicides, maladies, famine, etc.) par race et par âge (mortalité des enfants, différences dans la mortalité des adultes de groupes ethniques différents) peut être très révélatrice. b. Données sur la morbidité (la maladie) La morbidité est aussi très révélatrice et est souvent disponible au public. Elle est de bonne qualité à cause des rapports officiels. Dans la plupart des pays, les hôpitaux doivent enregistrer et publier ces renseignements. Des différences de morbidité entre groupes ethniques, races ou niveaux économiques, peuvent révéler des problèmes sérieux. c. Données économiques Des données sur la distribution de la richesse, l'emploi, l'immigration, et l'émigration sont souvent recueillies et publiées régulièrement par les statisticiens officiels. Exemple 3.9 Discussion Il est probable que le gouvernement d'Afrique du Sud ne voulait pas que l'on sache que, même avec l'industrialisation, la discrimination dans l'emploi basée sur la race ne s'était pas améliorée. En utilisant les données du gouvernement, Campbell a démontré que c'était vrai. Quatorze de ses 17 «sources principales» de données provenaient du Service des Statistiques d'Afrique du Sud, une organisation gouvernementale (1). Cet exemple montre que les données publiées par le gouvernement peuvent être utilisées pour obtenir des informations importantes sur la situation des droits de l'homme qui ne sont pas forcément favorables au gouvernement. Les services gouvernementaux fourniront souvent des données sur demande, dans certains cas parce qu'ils doivent le faire (quelques pays ont des lois sur la liberté d'accès à l'information) ou, dans d'autres cas, parce qu'ils ont accepté de coopérer avec les organisations des droits de l'homme. On ne doit pas hésiter à utiliser ces sources. Les services gouvernementaux ne se rendent pas toujours compte non plus de l'importance potentielle des données qu'ils publient régulièrement, comme le montre l'exemple suivant. Exemple 3.10
C. Données erronées En plus des problèmes courants de qualité des données, les sources gouvernementales de données peuvent-elles introduire une erreur systématique en faveur du gouvernement? Bien sûr! Certains pays sont connus pour la publication de données «ajustées» pour répondre aux normes ou aux exigences des pays et des organisations internationales qui leur fournissent de l'aide. Les étapes suivantes peuvent être suivies pour vérifier si les données contiennent une erreur systématique: déterminer si les données sont cohérentes, comme nous l'avons présenté dans le chapitre 2; comprendre la définition des données publiées, qui se trouve généralement disponible dans les notes, les préfaces, ou les annexes; déterminer la source des données et tenir compte d'erreurs systématiques potentielles. Exemple 3.11 Discussion Ce rapport décrit un type d'erreur systématique que l'on peut retrouver dans les rapports gouvernementaux quand on sait qu'ils concernent les violations des droits de l'homme. Mais cela ne signifie pas que ces rapports sont faux, seulement qu'on doit savoir quels rapports accepter, quels rapports rejeter, ou quels rapports on doit accepter seulement en partie. Il faut noter que l'objectivité des rapports utilisés dans cet exemple s'est améliorée depuis 1987 à cause des critiques émises par le Human Rights Watch et par d'autres organisations non-gouvernementales. 3.3 SOURCES NON-GOUVERNEMENTALES A. Les Organisations non-gouvernementales Beaucoup d'organisations privées recueillent et publient des données dont certaines sont directement reliées aux droits de l'homme et d'autres qui peuvent être utilisées pour mesurer les droits de l'homme dans des cas particuliers. Si elles ont peu de moyens, les organisations non-gouvernementales ne peuvent pas publier régulièrement et systématiquement leurs rapports et ne peuvent pas nécessairement les distribuer partout. Par conséquent, le chercheur devra peut-être les contacter directement. B. Les Universités Dans certains cas, les universités font des recherches dans le domaine des droits de l'homme et reçoivent de l'aide monétaire du gouvernement ou d'organisations philanthropiques pour faire ces recherches, ou bien elles ont dans leur corps professoral des individus qui reçoivent de l'aide pour ces études. Dans certains cas, on peut obtenir des données des sources universitaires en faisant des démarches auprès des services administratifs appropriés. Exemple 3.12
Discussion Cet exemple réel montre les sources de données choisies par les auteurs comme étant d'utilité potentielle aux défenseurs des droits de l'homme et pour les chercheurs. Il montre la diversité des sources de données disponibles. C. La presse Les journaux locaux, la radio et la télévision peuvent aussi être utiles. Exemple 3.13Source de Vers 1978, le Ministère des Affaires étrangères américain estimait le nombre de décès dus à la violence politique en lisant les journaux du Salvador. Les morts documentées par la presse qui ne pouvaient pas être expliquées par d'autres causes (activités criminelles, blessures, accidents, etc.) étaient attribuées à la violence politique. Discussion évidemmement, ces données sont imparfaites. Les articles de la presse étaient basés sur des informations reçues au hasard des autorités locales ou de la police. On peut donc s'attendre à ce que les chiffres obtenus de cette façon soient faibles (à cause de l'influence du gouvernement). Toutefois notre analyse de ces données a démontré que les chiffres obtenus par cette méthode augmentaient et diminuaient de la même manière que les chiffres obtenus par plusieurs organisations privées qui comptaient aussi ces morts à partir d'autres sources. Puisque les données recueillies par les organisations privées et celles qui étaient recueillies par les journaux étaient plus ou moins en accord, les chiffres préparés par le Ministère des Affaires étrangères américain, à partir d'articles de journaux, étaient probablement plus ou moins exacts. Comme prévu, toutefois, les chiffres obtenus par les journaux étaient en général les plus faibles. 3.4 LA VéRITé DANS LES CHIFFRES Bien souvent, les chiffres fournis au public ou utilisés dans les rapports ne sont pas basés sur les faits; quelqu'un a fait une erreur dans les calculs ou les a simplement fabriqués de toutes pièces. Ils sont quelquefois répétés si souvent qu'ils deviennent «la vérité». De tels chiffres ne peuvent pas généralement résister à une enquête, mais ils ont une existence propre et l'on doit toujours se méfier de cette possibilité. On les trouvera dans des articles de journaux et dans d'autres publications ainsi que dans des déclarations qu'on recueille au cours des enquêtes. Exemple 3.14 Source deEn 1977, Newsweek écrivait que «plus de 100.000 Africains étaient morts de faim dans le Sahel entre 1968 et 1973». Ce chiffre provenait du message de Kurt Waldheim, qui à l'époque était le Secrétaire Général des Nations Unies, à la Conférence Des Nations Unies sur la désertification. Quand Julian Simon, professeur à l'Université de l'Illinois, a demandé la source de cette estimation, il a reçu une copie du document original (pas du tout instructif) de Waldheim, un extrait d'une note de service des Nations Unies, et une note tirée d'un article de Helen Ware, une spécialiste de la démographie africaine. Discussion L'extrait de la note de service des Nations Unies disait qu'il était impossible de calculer le nombre d'Africains qui étaient morts de faim dans cette tragédie; les chiffres précis n'étaient ni disponibles ni possibles à évaluer. Mme Ware avait utilisé le taux de mortalité normale dans la région et le taux de mortalité le plus élevé connu pour un groupe de nomades pour estimer «un plafond très peu probable de cent mille (...) même considéré comme un maximum (...) C'est un chiffre irréel.» (5). Ce plafond «très peu probable» devint le chiffre officiel et a eu une influence importante sur les décisions des gouvernements et des organisations humanitaires. Il y a beaucoup d'exemples de tels chiffres qui circulent. Souvent, les nombres cités pour les réfugiés sont de pures conjectures sans aucun fondement factuel. Les chiffres sur les décès au cours d'opérations militaires et répressives en sont souvent également. On peut faire mieux avec un peu d'effort. On peut se servir de moyens élémentaires pour faire des estimations. Si on veut calculer le nombre de réfugiés et s'ils sont tous au même endroit, on peut les compter physiquement. S'il y a des photos aériennes qui montrent les régions où se trouvent les réfugiés, on peut compter le nombre de réfugiés qui sont dans une petite région rectangulaire de la photo et multiplier ce chiffre par le nombre de régions semblables où se trouvent des réfugiés. On peut même compter les personnes dans toute la photo aérienne si on a suffisamment de patience et que l'on veut obtenir un chiffre qu'on puisse justifier. Exemple 3.15 Il faut être vigilant pour se protéger des chiffres sans fondement. Il faut se poser les questions suivantes chaque fois qu'on lit un rapport ou qu'on reçoit des données: * Comment les données ont-elles été rassemblées et obtenues? * Quels calculs ont été faits? * Qui a fait les calculs? * Les auteurs ont-ils un parti-pris? * Comment peut-on par des procédés simples vérifier la validité des données? ...Rassembler de bonnes données n'est jamais facile: * Les données recueillies directement en mission peuvent être influencées par les conditions dans lesquelles elles ont été obtenues ou par des contraintes imposées par d'autres. * Les données provenant de sources secondaires peuvent contenir des erreurs systématiques, et peuvent être incorrectes ou sans fondement. Il faut être vigilant, soigneux, et avoir une personnalité soupçonneuse pour s'assurer que les données soient valides, qu'elles puissent résister à une enquête, et qu'elles soient clairement décrites. Et si on ne peut pas valider les données, il faut le dire! 1. Vous devez savoir: a. Quels sont vos objectifs. b. Ce que vous recherchez. c. Quelles sont les données nécessaires pour documenter les violations des droits de l'homme qui vous intéressent. d. Où vous pouvez obtenir les meilleures données. 2. Les données doivent être enregistrées d'une façon ordonnée, systématique, et uniforme. 3. Il faut garder les données brutes et la documentation sur la méthode employée pour les recueillir pour que vous ou d'autres puissent utiliser les mêmes données dans le futur. 4. Les sources de données comprennent les enquêtes sur le terrain, les gouvernements, les organisations non-gouvernementales, les universités, et votre organisation. 5. Quand on ne peut pas interviewer tous les gens dont on veut obtenir des renseignements dans une enquête, il faut interviewer un échantillon. 6. Les enquêtes basées sur les échantillons statistiques sont difficiles parce qu'elles demandent un échantillonnage systématique choisi au hasard et des méthodes d'analyse statistique raffinées, mais ces enquêtes permettent d'obtenir des résultats scientifiques valides. 7. Un échantillon scientifique peut vous aider à réduire le travail nécessaire pour obtenir des données à partir de nombreux documents sans réduire la qualité des résultats. 8. à cause des difficultés et du coût des échantillons statistiques, la plupart des échantillons utilisés dans les enquêtes sur les droits de l'homme sont des échantillons simples. 9. On utilise un échantillon arbitraire quand on décide d'inclure certains groupes dans l'enquête sans l'échantillonnage rigoureux requis pour un échantillon statistique. 10. On prend un échantillon «au tout-venant» quand on recueille les meilleures données possibles dans les circonstances sans prévision précise. 11. Quelle que soit la méthode utilisée pour recueillir les données, définissez-la clairement. 12. Les gouvernements et les organisations privées fournissent des données utiles sur la mortalité, la morbidité et la situation économique. 13. Il faut vérifier la validité des données publiées. 14. On doit évaluer les données publiées par la lecture des notes, des définitions et des méthodes d'enquête. 15. Se méfier des données sans fondement, ou pire encore, des données fournies sans tenir compte de la vérité. 16. Si on trouve des données sans fondement, on doit demander: a. Comment les données ont-elles été produites ou obtenues? b. Quels calculs ont été faits? c. Qui a fait les calculs? d. Les auteurs ont-ils un parti-pris? e. Quels tests simples sont disponibles pour vérifier la validité des données? 17. Si on ne peut pas établir la validité des données, il faut le dire! 1.Campbell, P. R. South Africa 1960 to 1986: A statistical view of racial differences. Communication présentée au Joint Statistical Meetings, 17 août 1987, San Francisco, CA, é.-U. 2.Americas Watch Committee. Human Rights in Jamaica: An Americas Watch Report. New York, 1986. 3.The Watch Committees and Lawyers Committee for Human Rights. Critique: Review of the Department of State's Country Reports on Human Rights Practices for 1987. New York, 1988, p. 1. 4.Cain, M., Claude, R. P., and Jabine, T. B. A guide to human rights sources, in Jabine, T. B. and Claude, R. P., eds., Human Rights and Statistics: Getting the Record Straight. Philadelphia: Univ. of Pennsylvania Press, 1992, Chapter 15, p. 400. 5.Simon, J. L. Resources, population, environment: An oversupply of false bad news, Science, 208:1431 (1980). 3.1. Une organisation privée, Prisonniers politiques du monde (PPM), veut établir le nombre de civils tués dans une bataille entre les insurgés et les forces gouvernementales dans le centre de la capitale. La capitale a deux millions d'habitants et est relativement développée. 1.Définissez votre objectif en détail. 2.Définissez en détail les variables pour lesquelles vous allez recueillir des données. 3.Où (à quels endroits) allez-vous recueillir des données? 4.Quelles données allez-vous enregistrer? 5.Comment allez-vous confirmer la validité des données? 3.2. On vous a demandé de préparer un rapport sur les réfugiés qui ont été renvoyés dans leur pays d'origine. Vous vous préparez à interviewer ces réfugiés. Répondez aux questions suivantes comme si le travail était fait dans votre pays ou dans un pays que vous connaissez bien: 1.Définissez votre objectif. 2.Comment choisirez-vous les réfugiés pour l'enquête? 3.Préparez un formulaire de questionnaire pour l'enquête. (Un conseil: voir l'annexe 1.) 4.Quels problèmes prévoyez-vous? 5.Comment allez-vous confirmer la validité de vos données? 3.3. Un grand nombre d'immigrés avec ou sans papiers se trouve dans le pays A. Les immigrés sans papiers revendiquent le statut de réfugié, mais les services de l'immigration du pays A disent qu'ils n'ont pas droit au statut de réfugiés. Vous pensez que la plupart de ces immigrés sans papiers ont droit au statut de réfugié. Pour convaincre une organisation non-gouvernementale d'agir pour l'ensemble de ces réfugiés sans papiers, vous voulez montrer que plus de 50% des réfugiés sans papiers ont droit au statut de réfugié. 1.Comment allez-vous définir le statut de réfugié? 2.Comment choisirez-vous les réfugiés pour votre enquête? 3.Préparez un formulaire de questionnaire pour l'enquête. (Un conseil: voir l'annexe 1). 4.Quels problèmes prévoyez-vous? 5.Comment allez-vous établir auprès des autres intervenants que vous n'avez pas de parti-pris? 6.Comment allez-vous valider les données? 7.Que ferez-vous si les données ne prouvent pas votre hypothèse initiale sur la proportion d'immigrés sans papiers qui ont droit au statut de réfugié? 3.4. Vous voulez mesurer le taux d'analphabétisme dans un pays. Le gouvernement soutient cet effort et fournit les services de 20 personnes qui font le travail administratif nécessaire pour rassembler les données. Vous proposez de recueillir les données par des interviews. 1.Quelle définition de l'analphabétisme allez-vous utiliser? (Un conseil: on sait que les définitions de l'analphabétisme sont trompeuses. Cherchez une définition qui soit simple, sans ambiguïté, et facile à mesurer ou à constater.) 2.Comment choisirez-vous les gens à interviewer? 3.Comment allez-vous mesurer leur niveau d'analphabétisme? 4.Préparez un questionnaire pour l'enquête. (Un conseil: les formats de HURIDOCS dans l'annexe 1 peuvent vous donner des idées sur les caractéristiques des gens que vous allez interviewer.) 5.Quels problèmes prévoyez-vous? 6.Quels éléments de l'enquête allez-vous inclure dans le rapport? 7.Comment allez-vous confirmer la validité des données? 8.Pensez-vous que le taux d'analphabétisme que vous allez mesurer peut être comparé à celui d'autres pays? 3.5. La crédibilité à accorder aux statistiques officielles est toujours un problème. Les organisations non-gouvernementales et les personnes qui critiquent les actions du gouvernement ne croient généralement pas les statistiques officielles (tant au niveau national qu'au niveau international) utilisées pour justifier et évaluer ces actions. Choisissez un pays et répondez aux questions suivantes: 1. Ces doutes sont-ils justifiés? 2. Donnez des exemples concrets sur lesquels vous basez votre doute. 3. Dans quelles circonstances pourriez-vous accepter les statistiques officielles qui soutiennent votre point de vue? 4. Dans quelles circonstances pourriez-vous accepter les statistiques officielles qui ne soutiennent pas votre point de vue? 5. Si le manque de confiance dans les statistiques officielles peut être justifié, que peut faire une personne pour obtenir de meilleures données? 6. Si le manque de confiance dans les statistiques officielles peut être justifié, que peut faire une organisation non-gouvernementale pour obtenir de meilleures données? 3.6. Les deux colonnes qui suivent sont extraites d'un livre sur la pauvreté en Afrique du Sud:
1.Auriez-vous des raisons pour manquer de confiance dans l'un ou l'autre de ces deux groupes de données (Allemagne de l'Ouest, Afrique du Sud)? 2.Quels facteurs pourraient expliquer les différences entre ces deux pays? 3.Comment pourriez-vous établir la manière dont ces données ont été obtenues? [Contenu] [Preface] [Chapitre 1] [Chapitre 2] [Chapitre 3] [Chapitre 4] [Chapitre 5] [Chapitre 6] [Chapitre 7] [Chapitre 8] [Chapitre 9] [Annexes] | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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